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Bureau International de la Paix

 
 
 
 
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Warfare or Welfare? Edition francophone:
"De l'insécurité des armes à la sécurité humaine"
(translation: Ben Cramer, Paris) is now available.
Click here for complete text (187 pp).

LE BUREAU INTERNATIONAL DE LA PAIX
CENT ANS PLUS TARD

Colin ARCHER*

Legless
Landmine survivors at a Vietnam Veterans of America Foundation (VVAF) prosthesis workshop, Angola.
Photo © Sean Sutton / Panos Pictures
Un siècle tumultueux

Le BIP est la plus ancienne et la plus vaste des fédérations internationales pacifistes. Son champ d’action couvre une gamme de thèmes relatifs à la prévention de la guerre. L’organisation a connu des hauts et des bas depuis les jours d’Elie Ducommun et les pionniers pacifistes à la fin du 19ème siècle. Dans les années qui suivent sa fondation à Berne en 1891, le Bureau est la seule structure fédérale des sociétés pacifistes (pour la plupart en Europe), et il reçoit non seulement le Grand Prix de l’Exposition Universelle à Paris de 1900, mais aussi le Prix Nobel de la Paix en 1910, surtout pour ses efforts de vulgarisation du message de la paix.

Le BIP est une des organisations les plus actives dans la promotion de la création de la Société des Nations et d’une Cour internationale de justice. Ses dirigeants sont des personnalités connus dans le salons de grandes capitales, et certains, comme Ducommun et son confrère politique le jurassien Albert Gobat, ont gagné le Nobel à titre personnel. (Au total, treize des Présidents et d’autres responsables du BIP ont gagné le Prix Nobel de la paix entre 1901 -- le français Frédéric Passy -- et 1982 -- la suédoise Alva Myrdal.Ce taux de prix Nobel est supérieur à celui de toute autre organisation.)

Pourtant la première Guerre mondiale est une énorme déception pour ces idéalistes qui croient à l’avenir fraternel de l’homme, mais paradoxalement ses horreurs et ses absurdités rendent plus facile l’argumentation pacifiste dans les années 1920. Inévitablement peut-être, les divergences idéologiques ouvrent la voie à la création d’autres mouvements, comme les Organisations pour la Société des Nations, la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (1915), le Mouvement pour la réconciliation (1919), et l’Internationale des résistants à la guerre (1921).

Le BIP, installé à Genève depuis 1924, s’est concentré surtout sur le développement du droit international, le désarmement, l’éducation à la paix et la résolution pacifique des conflits. On voit une très forte continuité ici, car on retrouve ces quatre thèmes dans les travaux du BIP à la très célèbre 1ère Conférence de la Haye de 1899, tout aussi bien que dans le grand événement de commémoration 100 ans après, l’Appel de la Haye pour la Paix, qui rassemble en mai 1999 quelque 10.000 participants, y compris des représentants de 1.000 organisations non-gouvernementales, dans la capitale néerlandaise.

Les deux guerres mondiales ont menacé l’existence même du BIP. Non seulement les obstacles à une organisation efficace sont multiples, mais pendant chaque conflit on a le sentiment que le pacifisme est vaincu. La prolifération d’autres fédérations constitue un autre défi pour le BIP. Spécialement difficile est son rapport avec les mouvements anti-militaristes dans les années 1920, et avec le Conseil mondial de la paix, le bras pacifiste de l’URSS, pendant la guerre froide. C’est une période oú le mouvement pour le désarmement – comme les autres mouvements populaires –est divisé en deux camps. Le BIP est dissout en 1959, mais il est reconstitué au début des années 1960.

C’est aussi la guerre elle-même qui change, et qui amène de nouveaux défis pour ceux qui veulent renforcer à l’échelle mondiale le travail à contre–courant des pacifistes. Au niveau technologique, c’est le cas notamment de l’avènement de l’ère nucléaire en 1945, mais aussi avec l’arrivée à l’ordre du jour international des mines antipersonnel et des armes légères dans les années 1990.

Après la guerre froide, le caractère politique des conflits a changé aussi – non seulement parce que pour la plupart il ne s’agit plus de conflits inter-étatiques, mais aussi parce que l’aspect idéologique de la guerre froide s’est transformé en une variété de motivations : nationalismes divers, luttes pour les ressources, campagnes anti-terroristes, entre autres. Pendant les années 1990, le partisans du BIP ont dû se débattre longtemps afin de trouver des positions communes vis-à-vis du rôle que devrait jouer la communauté internationale dans les conflits au Rwanda, aux Balkans, au Sri Lanka, en Tchetchénie, etc.

Le désarmement

Il y a une continuité frappante dans les travaux du BIP en ce qui concerne le désarmement, depuis ses efforts à limiter les arsenaux européens à la fin du 19ème siècle, en passant par l’échec de la Conférence sur le désarmement de 1932, jusqu’aux mobilisations des années 50 et 60 contre les essais nucléaires, et les défis plus complexes de nos jours. Malgré la fin de la guerre froide et le déclin de la peur et l’agitation généralisée autour de la destruction atomique, le BIP a poursuivi la cause du désarmement nucléaire avec le World Court Project. C’est une campagne internationale sur 15 ans, menée en collaboration avec des groupes de juristes, de médecins et de groupements pacifistes, afin d’obtenir de la Cour internationale de justice un Avis Consultatif sur le statut juridique des armes nucléaires. Cet effort a rencontré un succès remarquable en 1996, avec la publication d’un Avis historique qui condamnait (en général) toute utilisation ou menace de l’arme atomique.

Néanmoins, la menace perdure, et – même si certaines réductions bilatérales de stocks excessifs se sont produits du côté des USA et de la Russie - les hommes politiques rechignent à mettre en place des programmes de désarmement approfondis. Pire, la prolifération de cette technologie néfaste (soutenue à fond pas les puissances occidentales) à tendance à déstabiliser des régions comme l’Asie du Sud et l’Asie du Nord-Est, et même (comme on a vu en mai-juin 2002 au moment de la crise du Cachemire) de menacer des millions de personnes d’une mort radioactive.

C’est pour cela que le BIP maintient son engagement et cherche à apporter les points de vue des ONG sur les négociations. Il maintient sa présence sur la scène diplomatique, que ce soit à Genève auprès de la Conférence du Désarmement (oú tout est bloqué depuis plusieurs années), oú à New-York et à Genève lors des conférences de révision du Traité de Non-Prolifération Nucléaire. Il soutient aussi diverses initiatives de la société civile, telle que la Middle Powers Initiative et Abolition 2000.

Nous négligeons pas non plus les autres dimensions de l’armement et les nouveaux forums qui ont été crées au fil des années 1990. Il y a 15 ans, le BIP était à l’origine du Réseau européen contre le commerce des armes (ENAAT) et depuis cette époque il a soutenu des formations nouvelles, telles que la Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel (ICBL) et le Réseau d’action sur les armes légères (IANSA). Le Bureau suit les travaux à Genève des gouvernements sur le traité qui gouverne les armes dites ‘inhumaines’, et celui qui interdit les armes biologiques. Sa situation à Genève, et sa position en tant que Secrétaire du Comité des ONG pour le désarmement – un Sous-Comité de la Conférence des ONG ayant le statut consultatif auprès de l'ECOSOC (CONGO) -- lui permet de jouer un rôle de lien entre les mouvements de base et le niveau officiel et diplomatique. Le Comité des ONG organise deux fois par an des conférences afin de faciliter le dialogue entre délégations officielles et ONG.

Education à la paix

L’autre grand projet collectif des années 1990, c’est le l’Appel de la Haye pour la paix. Le BIP est l'une des quatre organisations qui ont joué un rôle central dans l’organisation de cette conférence mondiale de mai 1999, afin de commémorer le centenaire de la première Conférence de la Haye. Afin de préparer cet évènement il a réuni à Genève en novembre 1998 au BIT, une conférence sur l’éducation à la paix à laquelle ont participé 300 personnes, y compris bon nombre de jeunes.

Parmi les personnalités présentes à La Haye en mai 1999 figurent Kofi Annan et plusieurs lauréats du Prix Nobel. La conférence a promu le concept de ‘Diplomatie démocratique’ : c’est à dire, la collaboration de la société civile, des gouvernements et des agences inter-gouvernementales en faveur de mesures concrètes favorisant la paix et la justice. Le produit principal du processus est l’Agenda de la Haye pour la paix et la justice, un programme en 50 points pour l’abolition de la guerre et pour favoriser le développement d’une culture de la paix.

Parmi les résultats divers de ce grand événement on peut distinguer une initiative importante pour le BIP. C’est le lancement de la Campagne mondiale pour l’éducation à la paix. Ce thème rappelle les préoccupations des pionniers du BIP dans les premières décennies du 20ème siècle, qui, eux aussi, se consacraient à la tâche ardue d’introduire dans l’instruction publique des programmes touchant à la guerre et à la paix, dans le but de former une nouvelle génération de partisans de la paix. Pour développer cette initiative, le BIP collabore avec l’Appel de la Haye pour la Paix (www.haguepeace.org) qui est devenue son organisation sœur avec son siège à New-York. La Campagne est maintenant soutenue par plus de 130 organisations, y compris l’UNICEF et l’UNHCR. Il s’agit de développer des réseaux de jeunes et d’éducateurs dans toutes les régions du monde, et de les aider à faire la promotion en faveur de l’éducation à la paix. Le BIP a participé à la conférence ministérielle du Bureau international de l’éducation (UNESCO) à Genève en septembre 2001, et ses responsables sont fréquemment invités à faire des présentations dans les rassemblements divers à ce sujet. Un manuel scolaire en trois volumes a été publié récemment, ce qui offre des bases théoriques et pratiques.

La sécurité humaine

Après les évènements terroristes du 11 septembre dernier et la réaction essentiellement militaire des Etats-Unis en Afghanistan et ailleurs, les mouvements pacifistes ont débattu de la meilleure manière de réagir face à cette nouvelle vague d’intolérance et de hyper-violence. Un torrent d’analyses diverses sur la nouvelle structure de relations internationales s’est produit sur les écrans des pacifistes et intellectuels de tout bord. Tout en rejetant le terrorisme sous n’importe quelle forme, la plupart des commentateurs liés au BIP se sont prononcés en faveur d’une approche qui tente de décerner les vraies racines profondes de cette maladie sociale. Il s’agit non seulement de remettre en question les politiques occidentales envers la Palestine, et envers le monde musulman en général, mais aussi d’analyser la géopolitique, surtout le rôle des grandes sociétés énergétiques, étant donné leur emprise sur le Moyen-Orient et maintenant sur l’Asie centrale. L’augmentation des budgets du Pentagone (hausse faramineuse de 50 milliards de dollars d’un coup) au début d’un nouveau siècle a profondément choqué la société civile à une époque oú les crises liées à l’éradication de la pauvreté absolue, la lutte contre le SIDA, la destruction de l’environnement, parmi d’autres, sont chaque jour plus dramatiques.

C’est en partie à cause de cette nouvelle opposition entre ‘solutions’ militaires imposées par une coalition dominée par un seul état dominant, et une sécurité commune basée sur les vrais besoins humains, que le BIP a trouvé bon de développer un nouveau projet intitulé La Paix par la sécurité humaine. Ceci utilisera les ressources des organisations à Genève et en Suisse afin d’élaborer des arguments en faveur d’une approche non-militaire qui confronterait les grandes menaces à la famille humaine.  Il vise à vulgariser des concepts de sécurité humaine (diminution de budgets militaires, la paix par la négotiation, investissements en faveur de la démocratie et la justice sociale, etc.) via son réseau mondial et la presse dans chaque région ; et cherche à promouvoir le travail du réseau de gouvernements (qui comprend la Suisse) dans ce domaine.

Services divers au mouvement pacifiste

Tout au long de son activité le BIP a donné son aide à des centaines d’autres projets en faveur de la paix, que ce soit des idées brillantes d’individus ou des efforts ambitieux collectifs, regroupant des grandes coalitions d’organisations, tel que la Coalition pour une Cour pénale internationale ou la Coalition internationale pour l’interdiction des enfants soldats.

Chaque année le BIP publie (en collaboration avec le Mouvement international de la réconciliation) un recueil de rapports sur les efforts des femmes qui oeuvrent pour la paix. Il soutient au niveau logistique la participation de certaines organisations membres à la Commission des Droits de l’Homme. Et il décerne à une organisation ou un individu son Prix de la paix – cérémonie annuelle pour commémorer son ancien Président, le juriste et homme politique irlandais Sean MacBride, lauréat du prix Nobel de la paix de 1974.

Le BIP a organisé environ 150 conférences au niveau mondial. A titre d’exemple, le BIP assura la coordination de la partie ‘Paix et Désarmement’ de Forum Mondial de la Société Civile, qui a eu lieu au CICG, Genève, le 14-19 juillet 2002, et se chargera d’une semaine sur ‘La Culture de la Paix’ au Forum Universel des Cultures à Barcelone en 2004.

A part ses projets et campagnes spécialisées, le BIP doit aujourd’hui faciliter l’accès des ONG  aux Nations unies; offrir des conseils et des contacts ; et publier des communiqués, bulletins, rapports et livres – sans parler de la mise à jour d’un site web. Son travail de coordination et de networking entre les mouvements pacifistes et autres au niveau international a été révolutionné par le développement des communications électroniques à partir de 1990.

Avec (en 2002) 200 organisations membres au niveau national ou local dans 53 pays, et 20 organisations membres au niveau international, et de nombreux adhérents individuels, le BIP rassemble des militants oeuvrant pour la paix dans plusieurs secteurs: non seulement les organisations pacifistes mais aussi de femmes, de jeunes, et des regroupements syndicaux, religieux, et professionnels. Le BIP a le Statut Consultatif auprès de l’ECOSOC depuis 1977, et entretient aussi des relations opérationnelles avec l’UNESCO.

Le fait d’être une organisation lauréate du Prix Nobel lui apporte bien des opportunités mais également des responsabilités. En 2001, par exemple, le BIP participe à diverses manifestations pour célébrer le centenaire du prix Nobel attribué à Henry Dunant (et à Frédéric Passy, membre du Conseil du BIP) :
A Genève : le programme d’évènements organisé par l’association Genève Un Lieu pour la Paix:
A Oslo en décembre, la Présidente du BIP Mme. Cora Weiss représentait l’organisation au programme de manifestations liées au décernement du Prix Nobel à Kofi Annan et à l’ONU, et au centenaire du Prix : symposium, expositions, concerts, émissions CNN etc. Le BIP a pris l’initiative de faire signer un texte en faveur de la paix par tous les lauréats Nobels présents à Oslo.

A Milan il était également présent à une série de manifestations similaires pour fêter le centenaire du Prix Nobel.
Le Prix Nobel de la paix est devenu un centre d’intérêt publique majeur. Le site web de l’Institut Nobel est parmi les plus visités de la Toile. Le Secrétariat du BIP doit répondre tout au long de l’année à des demandes d’information provenant des chercheurs, des étudiants, des journalistes et du personnel des musées de la paix.

Gestion
Le BIP est financé par des cotisations, des dons de fondations privées, quelques subventions et la vente de publications. Il possède une structure démocratique, sa gestion étant assurée par un Conseil composé de représentants régionaux, qui est élu par les membres à l’Assemblée Triennale. Ce Conseil, qui se réunit annuellement, élit à son tour le Comité de direction, qui se réunit 3 fois par an. Il y a une Présidente, 8 Vice-Présidents, un Trésorier et une trentaine de Consultants. Le Personnel comprend un Secrétaire-général et une Coordinatrice du programme jeunesse, en plus de bon nombre de stagiaires et de bénévoles.

Conclusion

Le BIP a une histoire longue et passionnante; une situation géopolitique avantageuse ; une réputation établie dans la communauté pacifiste  mondiale; et du personnel et des responsables entièrement engagés. Il consacre une partie considérable de son travail à la coopération avec d'autres institutions à Genève, facilite l’intégration des visiteurs venus de tous bords ; et contribue à répandre la renommée internationale de Genève, 'Capitale de la paix'. On peut ajouter que la tradition d’Elie Ducommun, homme de plume et fin diplomate entre collaborateurs aux opinions souvent divergentes, se poursuit dans les travaux de publication, coordination et conciliation du BIP contemporain.

Depuis ses débuts, le BIP a souffert d’une crise perpétuelle de financement. Pendant trop longtemps, il a travaillé sans financement adéquat pour maintenir son fonctionnement et pour faire rayonner son programme. Nous souhaiterions que tous ceux qui ont le pacifisme à cœur nous aident à réaliser notre potentiel. Les défis de l’avenir seront-ils peut-être plus difficiles encore que ceux que nous avons déjà affrontés ? Ainsi il faudra trouver non seulement des ressources majeures pour effectuer le long travail nécessaire, mais aussi l’inspiration, la force morale et la créativité qui sont à la base de tout progrès social.

*Colin Archer est Secrétaire-général du BIP depuis 1990.

Ouvrages à consulter :

  1. Le Pacifisme Européen 1889-1914, Verdiana Grossi, Bruylant, Bruxelles, 1994
  2. International Peace Bureau Centenary Exhibition – Catalogue, ONU 1992
  3. 100 Years of Peace-Making, Rainer Santi, BIP 1990
  4. Conférence internationale d’éducation à la paix, Genève 1998, BIP 2000
  5. Peace is Possible, ed. Fredrik .S. Heffermehl, BIP 2000
  6. D’autres ouvrages publiés par le BIP peuvent être commandés via www.ipb.org

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